28. Mae Sot 2

Bon, quitte à être cloîtrée, autant prendre un hôtel sympa. Je me décide pour « The Teak », qui a le gros avantage d’avoir une piscine, une vraie et un bon restaurant. Evidemment, ça a un prix, 50 € la nuit quand même 😬, mais je m’accorde deux jours comme ça, histoire de me consoler de mon résultat positif 😉. Je mets bien mon masque dès que je quitte la chambre et de toutes façons, il n’y a pas foule, je prends toujours l’ascenseur seule, je suis la seule utilisatrice de la piscine et je mange dehors au resto 😷.

Le mercredi, Elisabetta vient à Mae Sot pour son boulot, elle me propose d’aller voir deux patients avec elle, je suis ravie de sortir un peu. On est accompagné de Totor, le pendant d’Aunghtoo ici à Mae Sot. Le premier patient vit chez ses parents, c’est un jeune Karen birman de 25 ans qui a été accusé à tort du meurtre d’une jeune fille, le vrai coupable ayant eu suffisamment d’argent pour avoir été innocenté, comme souvent… Il a été emprisonné au Myanmar, il y a 5 ans, il a maintenant des permissions de rentrer chez ses parents de temps en temps. Il a été frappé en détention, je peux le sentir à sa façon de tressaillir quand je le touche, et pourtant, j’y vais tout doucement et je demande à chaque fois à Totor d’expliquer ce que je vais faire, je sais que les gens battus ont des défenses qu’ils ne peuvent pas empêcher. Il se plaint de douleur de dos mais il a de telles contractures que ce n’est pas étonnant. Il n’arrive pas à travailler parce qu’il a trop mal que ce soit assis ou debout. Il n’a plus d’abdos et il a des courbures vertébrales qui ne sont pas normales. Je pense qu’il est traumatisé physiquement et psychologiquement et qu’il aurait besoin d’une aide plus grande pour parvenir à vivre normalement. Elisabetta va se renseigner, elle connaît une Karen psychologue qui pourrait peut-être intervenir et je suggère qu’il accepte de se faire masser pour parvenir à détendre ses muscles, en espérant que celui ou celle qui le fera sera délicat(e).

C’est une famille qui élève des chèvres et ça sent très fort sur tout le terrain, c’est la première fois que l’odeur des animaux me dérange…j’aurai bien aimé avoir perdu l’odorat avec le covid 😜.

Le deuxième patient, un jeune de 25 ans aussi, est tombé d’un arbre assez haut il y a 4 mois. Il est paraplégique et a des escarres comme je n’en ai jamais vu. Je regarde simplement Elisabetta le soigner, je ne suis d’aucune utilité dans un cas pareil. Je suggère juste de lui faire passer une radio (il n’en a jamais eu) pour savoir quel étage est atteint et à quel point c’est important, pour savoir s’il y a un espoir qu’il récupère quelque chose. Malheureusement, il n’y a pas de soins gratuits comme chez nous, si ça avait été le cas, il aurait sûrement été opéré tout de suite, aurait fait de la rééducation et aurait peut-être eu une chance d’avoir une vie plus « normale ». Là, je ne pense pas qu’il progressera beaucoup et il a deux enfants en bas âge… Elisabetta lui a fait passer une radio le lendemain, on devine la fracture mais ce n’est pas facile de faire un diagnostique avec ça 😩.

Pour finir cette journée, on va dîner chez une amie Karen d’Elisabetta qui tient une pizzeria (qui n’est pas très bonne 😬) et on y rencontre une de ses amies, une canadienne qui est responsable d’une association qui lutte contre l’alcoolisme, la drogue et les violences dans les camps de réfugiés birmans. J’apprends beaucoup de choses auprès de tous ces gens qui ont des vies complètement dédiées aux autres.

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